Résultats du Panel de discussion CSW61: « Assurer aujourd’hui la participation des femmes à la prise de décision politique et économique future en Syrie »

10 أيار 2017
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La 61ème session de la Commission sur le Statut des femmes (CSW61) a eu lieu dans les quartiers généraux des Nations Unies à New York, du 13 au 24 mars 2017. Compte tenu du thème du CSW61 – « Les rôles économiques des femmes dans un monde du travail en mutation » - la mission permanente de la Suède, en collaboration avec l’Initiative féministe Euromed (IFE-EFI) et le réseau des rapports de l’ONU (WUNRN), a co-organisé un panel de discussion sur « Assurer aujourd’hui la participation des femmes à la prise de décision politique et économique future en Syrie ». Ce panel a été construit sur et a amplifié les revendications des militants des droits des femmes syriens partagées lors des événements de haut niveau précédemment organisés par l’IFE-EFI et WUNRN dans le cadre de l'Organisation des Nations Unies pour l'alimentation et l'agriculture (FAO), le Conseil des droits de l'homme à Genève et le dernier CSW59 et CSW60.

Le Panel

Bien que les femmes portent souvent le principal fardeau des guerres, seulement 2% des budgets post-conflit visent l'autonomisation des femmes ou l'égalité des sexes. Les femmes sont souvent exclues des tables de négociation. En ce qui concerne la Syrie, malgré les efforts de l’ONU pour inclure les femmes dans le processus politique, seules quelques femmes participent aux négociations de paix menées par l’ONU à Genève et demeurent ainsi exclues de nombreuses discussions sur le futur de leur pays.

Le panel, qui comprenait des experts et activistes des droits de la femme syrienne, a ainsi abordé les façons et les conditions propices à l’intégration et la promotion du rôle et des droits des femmes et l’égalité des sexes dans la prise de décision politique et économique durant un processus de transition, de réconciliation et de reconstruction.

Mme Boriana Jonsson, Directrice executive de l’Initiative Féministe Euromed et modératrice de la rencontre, a rappelé que le panel avait lieu alors que le conflit en Syrie était entré dans sa septième année. L'initiative Féministe Euromed a longtemps soutenu les droits des femmes syriennes et les militants et organisations de défense des droits humains, les avocats et les experts juridiques dans leurs efforts pour trouver une solution politique en Syrie ainsi que leur travail en faveur de la paix et d’une démocratie inclusive de l'égalité des sexes et des droits des femmes. Ce soutien a lieu dans le cadre d'un programme financé par la Suède et l'UE. Mme Jonsson a souligné que ce panel était le seul au cours de cette session de CSW spécialement dédié à la Syrie et a regretté la participation limitée de la Syrie en raison des restrictions de voyage.

Mme Margot Wallström, Ministre des affaires étrangères de la Suède, a ouvert le panel en rappelant à l’audience que la résolution 1325 sur les femmes, la paix et la sécurité du Conseil de sécurité de l’ONU avait aujourd’hui 17 ans. Elle a déclaré que l’ONU devait faire plus d’effort pour assurer la participation des femmes à la prise de décisions liées à la paix et à la résolution des conflits et à lutter contre le fléau mondial de la violence à l'égard des femmes.

  

H.E. Margot Wallström, Minister of Foreign Affairs of Sweden   H.E. Phumzile Mlambo-Ngcuka, Executive Director of UN Women                                                                                                                              

Mme Wallström a aussi rappelé à l’audience que malgré le rôle majeur que les femmes jouent en Syrie, elles sont toujours les grandes absentes des négociations à Genève. Elle a déclaré que des questions fondamentales devaient être soulevées en ce qui concerne les décisions entièrement prises par des organes sans représentation féminine. La ministre des affaires étrangères a encouragé la communauté internationale à soulever continuellement la question : Où sont les femmes ? Elle a relevé que la connaissance acquise à travers des recherches sur le rôle des femmes dans la résolution de conflit pouvait être résumée à « plus de femmes – plus de paix ». La ministre a souligné que cette connaissance devait immédiatement être traduite en actions. « Les femmes doivent jouer un rôle central dans le processus formel et non pas dans les processus parallèles : « si cela ne vous est pas donné, prenez-le », a-t-elle encouragé l’audience et les panelistes.

S'appuyant sur ses expériences d'une longue carrière politique, Mme Wallström a déterminé les priorités suivantes pour les femmes: les femmes devraient présenter leurs demandes elles-mêmes et ne pas se laisser représenter par les hommes, et devraient également réclamer une transparence dans les processus politiques. Elles devraient trouver des alliés dans leur lutte et des leaders de leur côté. La solidarité parmi les femmes est de la plus haute importance. « L'avenir a un visage jeune et un visage de femme dans de nombreux pays. Cela va bien sûr aussi bénéficier aux hommes et aux garçons », a-t-elle conclu, et a exprimé son plein soutien à une prise de décision propre aux  Syriens afin de construire l'avenir de leur pays.

Mme Mariam Jalabi, directrice du bureau de la coalition nationale syrienne à l'ONU, à New York, et membre du Comité consultatif des femmes aux pourparlers de Genève, a débuté son intervention en parlant de la souffrance et de la résistance en Syrie. Elle a souligné que la communauté internationale ne semblait pas faire beaucoup pour la situation difficile des populations assiégées et déplacées. Jalabi a également souligné que les femmes syriennes racontaient leurs histoires en luttant pour leur vie. Elles se sont efforcées d'obtenir une représentation minimale de 30% dans tous les organes politiques, y compris l'opposition, et de faire preuve de responsabilité. Mariam Jalabi a exigé que les Nations Unies créent des mécanismes pour surveiller le cessez-le-feu sur le terrain, soutenant qu'il ne pouvait pas être surveillé par les auteurs eux-mêmes. Elle a rappelé au public que seule la moitié des victimes ou des prisonniers détenus par le régime syrien avaient été identifiés. Elle a également appelé à un accès humanitaire urgent aux zones assiégées où les femmes sont dans une situation particulièrement vulnérable. À titre d'exemple, Jalabi a raconté l'histoire d'Alice Faraj, qui a été emprisonnée et torturée par le régime et est maintenant l'adjointe aux négociations de l'opposition syrienne aux pourparlers de Genève. Mme Jalabi a conclu: « Les femmes syriennes assument leur part de l’histoire, mais que fait la communauté internationale? Que pouvez-vous faire tous? ».

Ms. Mariam Jalabi

Mme Joumana Seif, ancienne membre de la Chambre de commerce et d'industrie à Damas et représentante du Réseau des femmes syriennes dans les salles de la société civile de l'Envoyé spécial des Nations Unies pour la Syrie, a souligné que les Syriens vivaient sous des lois d'urgence (interdisant toute organisation politique et liberté d'expression) durant les quarante années précédant la révolution. L’économie était basée sur la concentration du pouvoir et de la richesse dans un cercle limité autour du président. L’économie corrompue, le patriarcat, la tyrannie religieuse et politique ont empêché les femmes de devenir des acteurs économiques. Mme Seif croit que cela était une des raisons pour lesquelles les femmes ont pris part entièrement à la révolution, bien qu’elles soient confrontées à de graves conséquences : la prison, l'exil, la mort, l'existence tragique dans les camps. Elles ont obtenu une position plus forte grâce à leur lutte, y compris dans les communautés de réfugiés, et n’accepteront pas d’être exclues à nouveau.

Ms. Joumana Seif

Elle a déclaré que les femmes syriennes ont refusé l'idée du retour forcé des réfugiés, qu'elles ont exigé une solution politique équitable basée sur Genève 1 (pas la réinstallation de la tyrannie religieuse ou politique) et un processus de transition avec un mécanisme de responsabilisation pour les auteurs des crimes. Elle a souligné la nécessité d'un « plan Marshall pour la Syrie », pour le développement d'une éducation sensible aux questions de genre, pour l'accès des filles à l'école et pour une nouvelle législation fondée sur des principes sociaux, laïques et non discriminatoires

Mme Rafif Jouejati, directrice de la Fondation pour la restauration de l'égalité et de l'éducation en Syrie, et ancienne porte-parole de la coalition nationale syrienne pendant les pourparlers de paix de Genève a exprimé les raisons de sa colère : Au cours de la CSW en 2016, elle et ses collègues ont demandé la cessation des hostilités, l'arrêt des bombardements, la fin des sièges du régime et une position publique internationale contre les tribunaux extrajudiciaires à travers la Syrie. Elles ont demandé la responsabilisation des criminels de guerre pour la formation d'un organe directeur de transition, pour des programmes de secours durables, pour une participation accrue des femmes aux négociations et à la protection des civils. En 2015, leurs demandes étaient les mêmes. « Pouvez-vous deviner ce que l’on a demandé en 2014, en 2013 et en 2012 ? Et comprenez-vous les raisons de ma colère ? Je ne vais plus rien demander de la sorte aujourd’hui : les crimes de guerre, les sièges menant à la famine du peuple syrien ne sont pas nouveaux. Tous ceux qui sont intéressés par le peuple syrien sont conscients de cela et font souvent la sourde oreille parce que c’est trop, c’est paralysant, », a déclaré Mme Jouajeti qui a déclaré que les femmes ne sont pas seulement des victimes des conflits, des mères, des filles et des sœurs, mais qu’elles sont aussi des ingénieures, des enseignantes, des médecins, des avocates et des reconstructrices de la Syrie et doivent être prises en considération. Mme Jouejati a conclu en posant deux questions à la communauté internationale: que peut faire la communauté internationale et qu'est-elle vraiment prête à faire?

Ms. Rafif Jouejati

Plusieurs participants du public ont souligné le rôle positif de la Suède dans le soutien de l'autonomisation des femmes en Syrie, la difficulté de trouver un consensus au niveau international vers une solution politique aux conflits, mais aussi les possibilités et la nécessité d'accroître le soutien concret aux militants syriens et à la population syrienne.

M. Miroslav Jenča, le Sous-Secrétaire général aux affaires politiques de l'ONU, a pris la parole pour les remarques de clôture et a remercié la Suède pour les efforts constants visant à exprimer les demandes des femmes syriennes. Il a déclaré que l'ONU s'efforce de promouvoir le rôle des femmes dans les processus de paix, en répétant l'appel de Mme Wallström pour « plus de femmes plus de paix ». « Le monde doit faire plus pour que les activistes syriens ne réitèrent pas les mêmes demandes l’année prochaine », a-t-il déclaré. Des progrès ont été réalisés au niveau mondial, la résolution 1325 du Conseil de sécurité des Nations Unies aboutissant maintenant à une plus grande sensibilisation et à une action, et que le groupe informel d'experts sur la paix et la sécurité au Conseil de sécurité, coprésidé par la Suède, a été créé. Aujourd'hui, nous avons les objectifs de développement durable, notamment les objectifs 5 et 16 et un nombre croissant d'accords de paix avec des dispositions sensibles au genre. En ce qui concerne la Syrie, l’Envoyé spécial M. Staffan de Mistura, a fait d’énormes efforts pour impliquer les femmes à travers la création du Conseil consultatif des femmes, de la salle de soutien de la société civile, ainsi que de l'existence de deux textes importants - le Communiqué de Genève et la Résolution 2254.

Cependant, Jenča a reconnu que ces efforts n’étaient pas suffisants et a conclu avec les mots du Secrétaire général de l'ONU à la fin de son discours d'ouverture pour le CSW61: « Je vous demande de nous aider à tenir nos promesses. Ne laissez pas tomber l'ONU, c'est la meilleure façon de s'assurer que votre cause sera entendue ».

 Résultats

Le panel a réuni des experts et activistes des droits des femmes syriennes, des figures politiques de haut niveau, des fonctionnaires et experts de l’ONU et des représentants des organisations de la société civile de nombreux pays pour insister sur l'urgence de la participation des femmes sur les lieux de prise de décision déjà en place, afin qu'elles puissent influencer la prise de décision politique et économique lors d'un processus de transition et de reconstruction. Cet évènement a articulé les conditions de la participation des femmes. Le message des panélistes était fort et clair: un plus grand engagement et un soutien plus fort de la communauté internationale pour la fin immédiate du sang et de la violence en Syrie et pour la pleine participation des femmes à tous les lieux de prise de décision. Le groupe a conclu:

1. Il y a un manque de détermination et d'action de la part de la communauté internationale dont l'aide est urgemment demandée pour :

  • Faire cesser les bombardements, les bains de sang et les sièges du régime qui mènent à la famine ;
  • Prendre d’autres mesures pour assurer la protection des civils ;
  • Élaborer des plans de secours durables pour la Syrie ;
  • Atteindre une solution politique juste basée sur les principes de Genève 1 ;
  • Créer un processus politique de transition, avec un mécanisme clair pour responsabiliser les auteurs de crimes de guerre ;

2. Créer des mécanismes onusiens pour surveiller le cessez-le-feu sur le terrain. Soutenir et faire pression pour une participation significative d'un minimum de 30%. des femmes dans le processus de paix et de transition ;

3. Les Syriens doivent décider et construire le futur de leur pays, où les femmes syriennes assument pleinement leur rôle. En conséquent, les décisions prises par des structures et corps entièrement masculins ou toute exclusion féminine ne devraient pas être acceptés.

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