Les activistes pour les droits des femmes font face à une augmentation des menaces et des risques

29 mar 2018
activistes des droits des femmes

Les féministes et les activistes pour les droits des femmes à travers le monde font face à une oppression constante, au harcèlement, à l’intimidation, aux menaces, aux violences et parfois à l’assassinat dans leurs pays, très souvent en toute impunité.

Dans la région euromed, et particulièrement dans les zones de conflit, les activistes pour les droits des femmes sont cibles d’attaques misogynes et de violence basée sur le sexe. Ils souffrent de doubles oppression, violations et abus de leurs droits fondamentaux à la vie, la sécurité, la liberté et la dignité humaine. Beaucoup d'entre eux ont été victimes de viols et d'autres formes de violence, plusieurs ont été détenus et condamnés à de longues peines d'emprisonnement à l'issue de procès abusifs et beaucoup d'autres ont été assassinés et brutalement tués.

En Syrie, les activistes pour les  droits des femmes font l'objet d'arrestations arbitraires, de détentions, de tortures, de fausses accusations, de traitements dégradants, de disparitions forcées et parfois d'exécutions extrajudiciaires et d'assassinats. Malgré cela, ils luttent toujours contre l'extrémisme religieux et risquent leur vie pour obtenir des droits égaux pour les femmes et leur participation égale dans la prise de décision officielle et les négociations de paix. En outre, ils mènent des manifestations et des campagnes pour la libération des prisonniers détenus et des disparitions forcées.

En Syrie, Razan Zaitouneh, avocate, activiste et directrice du Centre de documentations des Violations (VDC), et Samira Khalil, ancienne détenue politique et défenseure des droits des femmes, ont été kidnappées, avec leurs collègues masculins Wael Hamada et Nazem Hamadi. Le 9 décembre 2013, un groupe d'hommes armés a fait irruption dans le bureau du VDC à Douma et les a enlevés. Les quatre défenseurs des droits humains n'ont pas été entendus depuis.

Selon un rapport publié par le Réseau syrien des droits de l'homme (SNHR) intitulé: « La femme syrienne ... la moitié brisée d'une société », qui documente les violations les plus notoires commises par les différentes parties au conflit en Syrie depuis 2011, 13 344 femmes et 11 402 filles ont été tuées. Jusqu’en novembre 2017, le rapport note que pas moins de 6 736 femmes sont toujours arrêtées arbitrairement ou ont disparu de force dans les centres de détention officiels et non officiels du régime syrien. Sur ce total, 41 femmes sont mortes de torture entre mars 2011 et novembre 2017.

En Irak, les militants des droits des femmes font l'objet de harcèlement, de menaces, de violences brutales et d'enlèvements de la part du gouvernement irakien et sont également exposés à de grands risques tels que l'exécution par des organisations terroristes. Malgré tout, ils travaillent sans relâche pour améliorer les droits civils et politiques des femmes, éliminer la discrimination et la violence contre les femmes, protéger les femmes et les filles vulnérables à la violence et remettre en question les rôles stéréotypés des femmes.

En Égypte, les militants des droits des femmes font l'objet de pressions constantes et d'attaques de la part des autorités, qui visent à faire taire leurs voix et à restreindre leurs activités légitimes. Les activistes égyptiens font l'objet d'accusations arbitraires, d'arrestations et de harcèlement de la part des autorités sous la forme d'interdictions de voyager, de gels d'avoirs et de fermetures d'organisations de défense des droits humains. Mozn Hassan, directeur de Nazra pour les études féministes, a été interdit de voyager depuis 2016 et ses biens ainsi que les avoirs de Nazra ont été gelés par la justice égyptienne en janvier 2017 après le cas de financement étranger des ONGs. En conséquence, Nazra a fermé ses portes le 16 mars 2018.

La répression et la violence contre les activistes pour les droits des femmes sont en train de s'aggraver systématiquement. Les militants du monde entier sont soumis à diverses formes d'abus et de violence et cela continue sans protection ni prévention. Récemment, Marielle Franco, militante brésilienne des droits des femmes et conseillère municipale de Rio de Janeiro, a été assassinée le 14 mars 2018 par 9 balles tirées depuis une voiture, après avoir quitté l'événement d'autonomisation des femmes qu'elle avait organisé. Les nouvelles de sa mort se sont rapidement répandues sur les médias sociaux. Selon le site web brésilien Piaui, dans les 42 heures qui ont suivi sa mort, il y a eu 3,6 millions de tweets d'utilisateurs dans 54 pays. En outre, plusieurs vigiles et manifestations ont été organisées au Brésil et dans d'autres pays en son honneur. L'assassinat de Franco est un autre exemple du danger et des menaces auxquels sont confrontés les militants des droits des femmes qui luttent pour l’amélioration des droits des femmes et pour l'égalité des sexes.

L’Initiative féministe Euromed IFE-EFI exige justice et responsabilité pour les responsables des mauvais traitements et assassinats contre tous les militants des droits des femmes qui risquent leur vie dans leur tentative de promouvoir les droits des femmes et l'égalité des sexes dans leurs communautés et pays. Nous exhortons les gouvernements à mener des enquêtes transparentes et crédibles sur les assassinats et les violations commises à l'encontre des militants des droits des femmes et à fournir une protection et empêcher leur récurrence.

L’IFE-EFI exhorte les Etats à faire en sorte que les défenseurs des droits des femmes puissent jouer leur rôle vital et exprimer librement leurs préoccupations et leurs demandes sans risque ni restriction et ce en leur fournissant un environnement favorable facilitant leur mouvement et leur travail, prévenant et poursuivant les attaques et autres formes de harcèlement perpétrés contre eux. En outre, les États et les gouvernements doivent élaborer des mécanismes juridiques pour mettre fin à l'impunité des auteurs.

Enfin, l’IFE-EFI salue et honore les défenseurs des droits des femmes et les activistes qui continuent à risquer leur vie et travaillent sans crainte pour promouvoir les droits des femmes dans leurs pays.